6 juillet 2015

Germaine et les extra-terrestres

J’adoooore le SAMU. Quand je serai grande, c’est sûr, moi aussi je sauverai des vies sur mon grand cheval blanc. 

Bien sûr, il va falloir bosser quelques années de plus et passer mon internat d’abord… 


Quant au cheval, c’est Pégase qu’on enfourchait ce jour là, enfin, j’veux dire qu’on venait de monter dans l’hélico, vous voyez? L’hélico c’est troop délire la première fois. Au moment de boucler ta ceinture, tu as la même sensation que tu si tu venais de te faire embarquer de force dans space-mountains par les copines. Tu ne sais pas ce qui va t’arriver, mais tu sais que tu as oublié d’aller faire pipi. Tu t’attends à tout en fait. 

Sauf à ce qui va se passer réellement, dans dix petites minutes, à peine six-cents secondes plus tard.

Oh, rassurez-vous hein… On ne s’est pas crashé. Le choc a plutôt été… intellectuel! On venait d’atterrir dans un paysage à mi-chemin entre la petite maison dans la prairie et la Comté des Hobbits. Les moutons effrayés avaient déserté le champ pour nous laisser atterrir, mais alors que mes Converse se ruinaient un peu plus à chaque pas dans un labour détrempé, je comprenais peu à peu que Pégase était passé dans un trou de ver, ces raccourcis dans l’espace-temps que je croyais réservés aux romans de science-fiction de mon enfance. 

Désormais, c’étaient six-cents cent ans qui nous séparaient de notre base.

Une fois la clotûre enjambée avec l’aisance d’une Bridget Jones en reportage, je découvrais la ferme, telle qu’elle avait sûrement toujours été depuis que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs avaient décidé de poser leurs valises en peau de mammouth. Les poules, oies, chiens, une fois leur frayeur passée, nous précédèrent à l’intérieur du domicile où nous pénétrâmes voûtés, après nous être arrêtés sur le seuil afin que nos pupilles s’adaptent à la pénombre, et nos narines aux odeurs de feu de bois, de soupe chaude et de terre battue mêlées.

“Les visiteurs” pensais-je, m’attendant à chaque instant à voir un Montmirail s’agenouiller devant moi en m’appelant “ma fillote”. Mais vu le cadre, je chassais cette idée, de peu de voir surgir Jacouille.

Seule concession au modernisme, une ampoule nue et faiblarde, pendant d’un plafond uniformément noirci de suie, tentait de dessiner en clair obscur des silhouettes tout droit sorties du “Nom de la Rose”. Au milieu de cette unique pièce, la patiente était allongé sur un lit aux draps sans âge, entre la cheminée et la table sur laquelle un des gallinacés venait de prendre place sous le regard courroucé du chat qui y dormait.

J’imagine avec peine le choc qu’a dû être notre intrusion dans cette vie tranquille. Comme si la maladie n’avait pas suffi. En fait, je ne sais même plus ce qu’elle avait. Je me souviens juste des regards ahuris que j’échangeais alors avec le petit garçon qui se tenait là, incrédule lui aussi. Gavroche des champs, hirsute, il contemplait ma tenue encore immaculée et notre équipement rutilant semblant venus d’un futur qu’il semblait ne pas avoir envisagé.

Les envahisseurs que nous étions enlevèrent donc leur victime, avec toute la violence de la soudaineté et dans l’angoisse de la mort qui rôde et même les bonnes paroles du reste de l’équipe tentant de les rassurer résonnaient dans mon esprit comme un caricatural « Nous ne lui ferons aucun mal ».


2 commentaires:

  1. ça me rappelle des trucs... :-) @PiauEmmanuel

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  2. Leçon pour l'avenir : éviter les Converses pour le pré-hospitalier, leur préférer une paire de Rangers.

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